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 Interview de Laurent Nkunde par B. Amba Wetshi

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MessageSujet: Interview de Laurent Nkunde par B. Amba Wetshi   Ven 28 Déc - 1:58

Laurent Nkunda : « Je ne protège pas les Tutsi. Je plaide leur cause. Il y a une cause tutsie qui n'a jamais été défendue dans cette République. Il y a des gens qui ne savent pas s'ils sont Congolais ou Rwandais. Depuis des années, ils naviguent entre le Rwanda et le Congo"

Officier dissident des Forces armées de la RD Congo, Laurent Nkunda Mihigo parle de lui-même et livre sa part de vérité sur la situation qui prévaut dans les provinces du Kivu en général et au Nord Kivu en particulier. L'interview a été réalisée, mardi 4 septembre, par téléphone. Sans partager les opinions du général mutin, comme aurait dit Voltaire, la rédaction du Congoindependant a jugé juste de lui donner l'occasion de les exprimer. Aux internautes d'en juger. L'objectif est simple : la recherche de la vérité.

Le vendredi 7 septembre 2007


Vous êtes un homme plutôt mal connu. Qui êtes-vous ?

Je suis né dans le Territoire de Rutshuru précisément dans la collectivité de Bwito, localité de Mirangi. J'ai fait mes études à l'université de Kisangani à la fin des années 80. C'est au cours de l'année académique 1987-1988 que je suis arrivé dans la ville. Parmi mes anciens camarades d'études, il y a par exemple Justin Kabongo qui est actuellement professeur assistant à la même université. Après Kisangani, j'ai poursuivi mes études à l'université (adventiste) de Mudende, au Rwanda. J'ai quitté le Rwanda en 1990, lorsque le Front patriotique rwandais (FPR) a déclenché les combats. Je suis marié et père de six enfants. Mon épouse est originaire de la Province orientale. Son père travaille à la RVA (Régie des voies aériennes). Il est en poste à l'aéroport de Simi Simi.

Après vos études, quel a été votre parcours professionnel ?

'AI enseigné dans un institut d'enseignement secondaire mis sur pied par les responsables du parc national de Virunga. J'y donnais le cours de psycho-pédagogie. J'ai été enseignant également à Kitshanga.

Je tiens à vous prévenir que j'aurai à vous poser des questions parfois dérangeantes. J'espère que vous êtes prêt à jouer le jeu.

Il n'y a pas de questions taboues pour moi !

Quelle nationalité portez-vous au moment où nous parlons ?

La nationalité congolaise. Je n'ai jamais sollicité l'obtention d'une autre nationalité. Je n'ai jamais renié ma qualité de Congolais même lorsque j'étais enrôlé dans l'APR (Armée patriotique rwandaise) en 1993. J'ai fait partie de l'armée rwandaise pour de raisons strictement idéologiques. Révolutionnaires. Au Rwanda, les autorités peuvent vous confirmer que « Laurent » a servi au sein de l'APR en tant que Congolais.

Pourquoi avez-vous rejoint l'APR alors que vous revendiquez votre statut de Congolais ?

En 1990, je quitte le Rwanda. Je suis rentré à Goma. Pendant que la guerre faisait rage au Rwanda, tous les jeunes zaïrois, issus de l'ethnie tutsie, faisaient l'objet de diverses tracasseries policières. Ils étaient accusés d'être des « Inkothanyi », autrement dit des complices du FPR. Il devenait de plus en plus difficile de se mouvoir dans la ville. Ayant constaté que nous n'étions pas accepté comme de citoyens zaïrois à part entière, il ne nous restait plus qu'à rejoindre le Front. En 1992, j'ai rejoint la branche politique du FPR.

Avez-vous personnellement été menacé, à l'époque du Zaïre de Mobutu, du fait de votre appartenance à la communauté tutsie ?

Non ! Nous avons été menacés pendant un certain temps lorsque la guerre rwandaise a commencé à partir du mois d'octobre 1990. Cette situation peut être expliquée par l'amitié qui existait entre Mobutu et Habyarimana. Je peux vous dire cependant que je garde personnellement un excellent souvenir de l'époque de Mobutu durant laquelle tout le monde jouissait de la liberté d'aller et de venir aux quatre coins du Zaïre d'alors. J'en garde un grand souvenir. J'ai toujours répété aux gens qu'on devrait suivre l'exemple de Mobutu dans le « management » de toutes les ethnies du pays. Au sein du CNDP (Congrès national pour la défense du peuple, ndlr), nous considérons cette méthode comme un modèle de leadership à suivre. A cause de ses affinités avec Habyarimana, Mobutu a, au cours des dernières années de son régime, perdu « un peu » le contrôle des provinces du Kivu où des extrémistes se sont lancés dans le tribalisme.

Où étiez-vous durant le génocide rwandais de 1994 ?

J'étais déjà dans l'armée rwandaise. J'étais sous-officier.

Le FPR a pris le pouvoir à Kigali en juillet 1994. Qu'avez-vous fait après ?

Après le génocide, des contacts ont été amorcés avec André Kisase Ngandu en vue de la mise sur pied de l'AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre). Six à sept mois avant le déclenchement de la guerre dans les provinces du Kivu, j'ai fait partie des officiers chargés d'encadrer les combattants - Zaïrois et ceux issus du maquis de Ruwenzori - envoyés en formation dans le Parc de l'Akagera.



Dans une interview accordée au quotidien bruxellois « Le Soir », vous affirmez avoir assuré la sécurité de Joseph Kabila à Kisangani durant la guerre de l'AFDL.

Après la « libération » de Kisangani en mars 1997, j'avais en charge la sécurité de cette ville. C'est à ce titre que l'on m'a présenté Joseph comme étant le fils de mon « boss ». Je devais assurer sa sécurité. Il logeait à l'hôtel Palm Beach. A l'époque, il était très discret. Calme. Il savait écouter. L'homme avait soif d'apprendre. Il était très sympathique. Malheureusement, nous ne nous sommes plus revus depuis ce temps.

Le 17 mai 1997, les troupes de l'AFDL font leur entrée à Kinshasa. Quelle fonction avez-vous assumée après la « libération » ?

Après la guerre, j'ai été désigné « S2 », c'est-à-dire responsable des renseignements à la 7ème brigade à Kisangani. En juin 1998, j'ai été affecté à Walikale, au Kivu, dans la 224ème brigade dirigée par le commandant Ali Gisatero.

Fin juillet 1998, c'est la rupture entre le président Laurent-Désiré Kabila et ses parrains rwandais et ougandais. Que faites-vous ?

Je me trouvais à Walikale. Je n'avais aucun contact avec Goma. C'est à partir de Walikale que j'ai appris que les jeunes soldats banyarwanda présents à Kisangani ont été massacrés. A la tête d'un groupe de militaires, j'ai « libéré » Kisangani le 23 août 1998. A l'époque, je n'avais eu aucun contact avec le staff dirigeant du RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie). Je ne connaissais ni le général Ondekane encore moins le général feu Sylvain (Ndlr, Sylvain Buki).

Je vais peut-être sauter une étape pour arriver à la mise en place des institutions de transition à partir du 30 juin 2003. Pourquoi avez-vous rechigner de rejoindre Kinshasa après votre intégration dans l'armée nationale congolaise ?

Pour comprendre mon histoire, il me semble qu'il faut partir de la fin du Dialogue intercongolais dont les travaux se sont achevés à Sun City, en Afrique du Sud, le 22 décembre 2002. De retour de Sun City, le collège de fondateurs du RCD convoque une réunion à Goma. Tous les officiers sont présents. L'objectif est de restituer les négociations politiques de Sun City. J'ai à cette occasion soulever une préoccupation. A savoir que cette réunion a certes abouti à un accord politique se limitant à un partage de postes. En revanche, il n'y avait pas d'accord militaire. En clair, les parties se sont accordées sur rien en matière militaire et sécuritaire. Le président du RCD, Azarias Ruberwa, m'avait laissé entendre qu'une commission ira à Kinshasa pour traiter de ces questions. J'ai suggéré en vain que cet accord militaro-sécuritaire soit signé avant notre arrivée à Kinshasa. Je lui ai fait observé que, dans le cas contraire, il n'y aura pas de garantie du fait qu'il ne sera pas le chef suprême de l'armée dans la capitale. Voilà pourquoi je me suis abstenu de rejoindre Kinshasa. Et ce, pour de ne pas être victime de l'arbitraire. Les faits me donnent raison. L'arbitraire continue à régner jusqu'à ce jour. L'armée est gérée de manière monolithique. Les combattants issus des ex-forces belligérantes devaient être régis par des textes élaborés d'un commun accord. J'avais prévenu Ruberwa. Il ne m'avait pas compris.
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